03 - La folle histoire du PROZAC

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L’un des plus grands scandales sanitaires de l’histoire récente s’écrit en seulement 6 lettres : P.R.O.Z.A.C.

Un groupe de chercheurs, de médecins et de lanceurs d’alerte a raconté dans un livre, « La vérité sur les médicaments »1, le coup d’état réalisé par l’industrie pharmaceutique avec ce médicament antidépresseur, et d’autres, appartenant tous à la catégorie des ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine).

Honnêtement, je pense que vous n’allez pas croire ce que vous vous apprêtez à lire.

Ce qui s’est passé est tellement aberrant, tellement fou, qu’une réaction parfaitement normale est de contester cette réalité.

Epidémie de…crimes
Mais d’abord, avant d’aller plus loin, il nous faut faire un détour par la rubrique…des faits-divers :

– 14 septembre 1989 ; Joseph Wesbecker, ouvrier au chômage, entre dans l’imprimerie Standard Gravure de Louisville (Kentucky) avec une Kalachnikov à la main et arrose ses anciens collègues avant de se suicider. Bilan 9 morts, 12 blessés graves ;

– 15 mars 1996, Waterbridge, Cornouailles. Reginald Payne, enseignant à la retraite, étouffe son épouse avec un coussin. Il laisse un mot sur le réfrigérateur où il conseille à son fils de ne pas entrer dans la chambre du couple, puis va se jeter d’une falaise de 60 mètres de haut ;

– 27 juillet 1997. 23h30. Matthew Miller, 13 ans, claque la porte de la maison familiale du Texas après que son père lui a demandé d’aller se coucher. Le lendemain matin, ses parents le retrouveront pendu à un crochet de linge dans la salle de bains qui jouxte leur chambre ;

– Wyoming, février 1998. Donald Shell, un homme de 60 ans décrit par ses proches comme « charmant » exécute froidement sa femme, sa fille, et sa petite-fille de 9 mois en leur tirant plusieurs balles dans la tête avant de se suicider ;

– Columbine, Colorado, 20 avril 1999. A 11h19, deux lycéens de 18 ans, Eric Harris et Dylan Klebold, commencent à tirer sur leurs camarades. Ils tueront 13 personnes, feront 25 blessés graves, avant de s’enfermer dans la bibliothèque et se faire à leur tour sauter la cervelle.

– Etc.

Vous allez me demander : quel est le rapport avec la santé ?

Il se trouve que ces drames ont plusieurs points communs : ils ont été commis par des personnes « normales », dont l’entourage n’avait absolument pas imaginé un quelconque passage à l’acte violent, et qui TOUS…avaient pris peu de temps avant des antidépresseurs ISRS.

Ces médicaments agissent sur la sérotonine, un neurotransmetteur par lequel les neurones communiquent entre eux (transmission des pensées ou encore des instructions aux autres organes du corps).

Leur rôle est donc d’empêcher le cerveau de « recapturer » la sérotonine qu’il produit, c’est-à-dire de la ré-absorber.

Ils contribuent ainsi à maintenir un niveau plus élevé de sérotonine entre les neurones.

L’augmentation du taux de sérotonine extracellulaire qui en résulte s’opposerait au déficit supposé exister dans le cerveau des personnes…déprimées.

Et voilà comment ces médicaments, parmi lesquels on trouve le Zoloft, le Deroxat ou le Luvox et bien sûr le premier d’entre eux, le célèbre Prozac, ont été massivement prescrits aux personnes souffrant de dépression.

A l’origine du succès, les arguments de vente du laboratoire Eli Lilly, qui a affirmé que le Prozac et sa nouvelle molécule (la fluoxétine) ne présentait pas d’effets secondaires indésirables, contrairement aux antidépresseurs de première et seconde génération.

Un mensonge éhonté. Qui est passé comme une lettre à la poste.

Pour cacher la vérité, utilisez…des mots compliqués !
Dès février 1990, un article écrit par des chercheurs de Harvard faisait en effet état de cas d’akathisie provoqués par le Prozac2.

Akhatisie ? Ce mot compliqué désigne simplement une agitation extrême accompagnée de pensées meurtrières, suicidaires.

La personne ne tient plus en place, éprouve un sentiment de dépersonnalisation, et devient la proie d’impulsions violentes qu’elle peut mettre à exécution de sang-froid.

« Ce phénomène avait déjà été observé dans les années 1950 chez des patients hypertendus à qui l’on avait donné de la réserpine, un des premiers antipsychotiques également utilisé comme antihypertenseur. »

« Plusieurs de ces patients s’étaient suicidés alors qu’ils ne souffraient aucunement de dépression. »

« Or voici qu’on retrouvait le même phénomène chez des personnes prenant des médicaments antidépresseurs »3.

Ou sinon…sortez le maquillage, comme avec une voiture volée
Très vite, des cas nombreux et similaires de suicides ou de crimes commis sous Prozac furent signalés un peu partout.

En 1990, Eli Lilly était déjà sous le coup de 44 procès !

« La Food & Drug Administration organisa une audition publique où des parents de victimes vinrent décrire de façon déchirante comment leurs proches avaient commis ces actes insensés alors que rien, sinon leur médicament, ne pouvait les expliquer »4.

Cela ne servit à rien.

Le laboratoire répondit le plus tranquillement du monde que la « suicidalité » et les actes hostiles chez les patients prenant du Prozac reflètaient le trouble du patient et non une relation causale avec le Prozac.

Il faudra attendre 10 ans pour qu’une étude du britannique David Healy, professeur de psychiatrie à la faculté de Cardiff, sur des volontaires en bonne santé mentale montre qu’on pouvait provoquer chez eux des pensées suicidaires en leur administrant un médicament ISRS5.

Le cas de Traci Johnson, jeune femme de 19 ans qui s’est pendue dans les locaux du laboratoire Eli Lilly lors d’un essai clinique sur un autre antidépresseur, le Cymbalta, allait confirmer ce constat6.

Dans le test, elle faisait partie de la cohorte de cobayes volontaires qui ne souffrait pas de dépression.

La prise du médicament la conduisit pourtant au suicide.

Cette fois, le laboratoire expliqua que la jeune femme avait caché sa dépression pour entrer malgré tout dans groupe d’essai, pour des raisons financières.

Là-encore, le mensonge est passé.

Car en réalité, les dirigeants de l’entreprise connaissaient parfaitement à ce moment-là les risques du Prozac (et du Cymbalta).

Les extraits d’une réunion datant de 1978 (dix ans avec la commercialisation du médicament) sont publiés dans le livre « La vérité sur les médicaments ».

C’est édifiant :

« Il y a eu un assez grand nombre de signalement d’effets indésirables (…) Un autre patient dépressif a développé une psychose (…) On a signalé de l’akhatisie et de l’agitation chez certains patients. »

« Certains patients sont passés en quelques jours d’une dépression profonde à de l’agitation ; dans un cas, l’agitation a été notable et il a fallu interrompre le médicament (…) Dans les études à venir, on permettra l’usage de benzodiazépines (sédatifs) pour contrôler l’agitation »

Il faut se rendre compte de ce que signifie concrètement cette dernière phrase hallucinante :

L’agitation causée par l’antidépresseur allait désormais être masquée à l’aide d’un tranquillisant, dans les études futures du laboratoire !!! …

Comme on maquille une voiture volée.

Ni plus, ni moins. Mais tout n’était pas si « facile ».

D’autres fois, il faudrait au laboratoire encore plus d’imagination dans le mensonge. Encore plus de cynisme.

Rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout…s’achète (surtout les experts) !
Lorsqu’Eli Lilly déposa une demande de mise sur le marché auprès de l’agence allemande du médicament, en 1984, les évaluateurs refusèrent : « Durant le traitement avec le Prozac, il y a eu 16 tentatives de suicide, dont deux réussies. Etant donné que les patients à risque de suicide avaient été écartés des études, il est probable que cette proportion élevée peut être attribuée à une action du Prozac. »

Le lien est évoqué noir sur blanc. Il est franchement difficile d’être plus clair !

Mais cela ne décourage pas un laboratoire qui sent la bonne odeur du profit.

La direction américaine suggéra alors de « maquiller toutes les références à la « suicidalité » du Prozac dans les documents soumis à aux autorités allemandes. »

Là-encore c’est écrit noir sur blanc dans les mémos internes de la société, que le Pr. Healy a exhumé sur son site internet7. Instruction est donnée de maquiller les études.

Et le pire, c’est que ça marche : le Prozac finira par être autorisé en Allemagne.

On sait aujourd’hui grâce au témoignage d’un ancien cadre dirigeant d’Eli Lilly, que la même stratégie a été employée en Suède8. Cette fois par le biais d’une corruption active.

En échange d’une somme d’argent, un « expert » membre de la commission de santé suédoise, a volontairement truqué un rapport sur le Prozac pour présenter le médicament sous un jour…beaucoup plus flatteur.

Ainsi, au lieu de la formulation initiale :

« Sur 10 personnes ayant pris le principe actif, 5 eurent des hallucinations et firent une tentative de suicide, dont 4 avec succès »,

L’expert a écrit :

« Dans le cas d’un des sujets de cet essai, tout s’est passé comme prévu, une perte de poids a été relevée chez les 4 autres. Les 5 derniers ont présenté divers effets secondaires ».

Le mot qui fâche, celui de « suicide » ne se trouvait plus nulle part dans le rapport9…

Et quand ça ne suffit pas…
L’importance d’employer les bons mots, d’autres laboratoires en étaient eux aussi parfaitement conscients.

Dans une étude destinée à montrer l’efficacité du Deroxat chez les enfants et les adolescents, le laboratoire GlaxoSmithKline (GSK) remplace le mot « suicidalité » (risque de suicide) par « labilité émotionnelle », et les patients arrêtant le traitement pour cause d’agitation extrême sont désignés sous l’appellation brumeuse de « non-observance ».

Et quand ça ne suffit pas, on change les morts de colonne !

Ainsi les laboratoires GSK et Pfizer (fabricant du Zoloft) ont inclus dans le groupe prenant un placebo des cas de suicide antérieurs ou postérieurs à l’étude, afin de masquer statistiquement le nombre supérieur de cas de ce genre dans le groupe qui prenait un antidépresseur.

Dans un cas, GSK a même attribué au groupe placebo un suicide survenu après l’étude chez un patient quant prix entre temps du Prozac10.

« La vie des gens, résume le Pr David Healy, tient parfois à peu de choses. Le Prozac reçut son autorisation de mise sur le marché en 1987. Lilly et les autres labos continuèrent pendant 15 ans à nier le caractère « suicideur » de leurs médicaments tout en gardant par-devers eux les études internes qui montraient clairement le contraire ».

Et l’appétit allait leur venir en mangeant. Puisqu’on autorisait leur médicament, pourquoi ne pas en donner au plus de gens possibles ?

En octobre 2002, voici ce qu’un porte parole de GSK osa déclarer HAUT et FORT à la télévision britannique :

« Si nous pensons que le Seroxat (Deroxat, Paxil) doit être mis à la disposition des enfants ? Absolument. 2 % des enfants. 4 % des adolescents vont développer une dépression. Les risques de suicide sont particulièrement élevés chez les adolescents ».

« Nous avons l’obligation de mettre nos médicaments à la disposition des patients qui en ont besoin. Les adolescents sont parmi les patients qui ont le plus besoin d’antidépresseurs ».

Cette année-là, 2,7 millions d’antidépresseurs avaient été prescrits à des enfants de moins de 12 ans, et 8,1 millions à des adolescents, alors qu’aucune mention de risque de suicide ne figurait sur la notice du médicament…

En 2009, un avertissement contre les risques de suicide fut inséré dans la notice d’utilisation du Zyban, un médicament utilisé dans le sevrage tabagique, mais PAS dans celle de l’antidépresseur Wellburtin, alors qu’il s’agit rigoureusement de la même molécule, le bupropion.

Bilan global de ce millefeuille de mensonges, de cynisme et de corruption : le Pr David Healy a estimé à plus de 40 000 suicides sur les 40 millions de personnes ayant pris du Prozac depuis son lancement…

Bien sûr, je ne dis pas que les antidépresseurs chimiques ne peuvent pas avoir leur utilité dans les cas extrêmes ou sur des périodes courtes, utilisés avec la plus attentive des surveillances médicales.

Mais honnêtement, qui peut se satisfaire d’une telle situation ou affirmer qu’on ne peut rien y changer ?

Un autre monde est-il possible ? Oui !
Pas moi. Car il existe une autre face à cette réalité.

Dans le cas de la dépression, il existe des traitements naturels qui ont été scientifiquement évalués, et qui montrent une efficacité ANALOGUE, voire supérieur, à l’antidépresseur chimique.

Sans présenter aucun effet secondaire.

Cette lettre est déjà longue, mais on peut tout de même signaler quelques études édifiantes pour ceux qui sont intéressés par le sujet (je vous renvoie aussi à une lettre précédente à retrouver en cliquant ici).

D’abord, si les patients sous antidépresseurs témoignent d’une amélioration de leur humeur dans les 6 à 8 premières semaines de leur traitement, il faut savoir que les tests montrent la même amélioration chez 80 % des patients qui se contentent d’un placebo11.

Conclusion, l’effet de l’antidépresseur est à peine meilleur que celui d’un faux médicament…

Une autre étude, « randomisée en double aveugle » a quant à elle montré que l’huile essentielle de lavande (sous forme de capsule, prescrite à deux dosages de 160 mg et 80 mg) a été plus efficace que 20 mg de paroxétine (Deroxat)12.

Autre exemple avec la luminothérapie, une technique qui consiste à s’exposer à une lampe qui émet des rayons lumineux très puissants pendant quelques minutes chaque jour (10 000 lux au moins).

Des chercheurs canadiens ont rassemblé 150 patients souffrant de dépression modérée ou sévère, et les ont traités de manière aléatoire pendant 8 semaines avec, soit un traitement de luminothérapie (30 minutes par jour), soit un placebo, soit, soit un médicament ISRS (Prozac).

La luminothérapie seule a permis à 43,8% des malades de ne plus ressentir de symptômes dépressifs, contre seulement 19,4% dans le groupe qui prenait l’antidépresseur seul13.

Ouvrir en grand les portes de sa vie
Enfin, je voudrais conclure avec une expérience hors du commun, conduite en Islande à la fin des années 1990, et qui devrait faire réfléchir ceux qui veulent gaver enfants et adolescents d’antidépresseurs.

A cette époque, la jeunesse islandaise était traversée par une crise profonde, un mal-être se traduisant par une surconsommation de cannabis et d’alcool par rapport aux autres pays européens14.

Face à cela, les autorités ont choisi d’investir non pas dans la distribution massive d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs, mais dans un programme fondé sur le « rétablissement d’une plus grande proximité des parents avec leurs enfants ».

Cela comportait un volet « répression », avec la mise en place d’un couvre-feu pour les mineurs, le report de la majorité de 16 à 18 ans, l’interdiction de vente de tabac et d’alcool aux mineurs etc.

Mais ce programme insistait surtout sur autre chose : l’importance pour les parents et les enfants de passer du temps ensemble.

Pour cela, le gouvernement a notamment proposé des subventions pour des activités sportives ou de plein air pratiquées en famille (foot, pêche, bowling, etc).

Près de vingt ans après le début de ce programme, le pourcentage des jeunes déclarant avoir bu au cours du mois précédent a été divisé par huit, ceux qui fument du cannabis sont trois fois moins nombreux et les fumeurs réguliers ont pratiquement disparu.

Passer du temps ensemble en famille…voilà le remède.

Dérisoire ?

Peut-être pas tant que ça, à notre époque où la connexion permanente à un écran, à un métier, à un réseau social déconnecte autant de personnes du réel, du présent, du sensuel.

Préparer le dîner en famille, évoquer sa journée, se promener ensemble, cultiver le beau, le dépassement de soi, les amitiés sincères etc…Pas grand chose en apparence, et pourtant ces comportements obtiennent sur l’anxiété, le stress et la confiance en soi des résultats formidables.

Ils permettent de retrouver l’ancrage, la présence à sa vie.

Ils ré-ouvrent en grand les portes du monde que les antidépresseurs avaient fermé.

Santé !

Gabriel Combris